Botox dura quanto tempo xxe

Un nouveau silence. Madeline ne relança pas la conversation. Elle soupira. Le jeune maladroit commençait vraiment à lui taper sur les nerfs. Encore en colère, Madeline baissa la vitre et alluma une cigarette. Pas dans ma voiture! Je continue à pied. Elle claqua la portière et partit à grandes enjambées, seule, sur le trottoir de la rue de Grenelle. Fataliste, le bagagiste haussa les épaules et eut un geste vague.

Pour se protéger des rafales de pluie, Gaspard mit sa main en visière. Dans un espace Relay, il feuilleta Le Parisien du jour. Il y avait des inondations partout autour de Paris, ce qui compliquait encore la circulation.

Gaspard se frotta les paupières. Toujours la même rengaine chaque fois que je mets les pieds dans ce pays… Le cauchemar continuait, mais peu à peu la lassitude prenait le pas sur la colère. Que faire?

Les bus restaient son dernier espoir. Pas une place assise, non — il ne fallait pas rêver —, mais, au moins, il était sur la bonne ligne : celle qui desservait la gare Montparnasse. En Grèce, Gaspard faisait corps avec le paysage, les végétaux et les parfums dans une sorte de fusion panthéiste. Ses journées étaient rythmées par des parties de pêche à la truite, des vagabondages sans fin dans les forêts de bouleaux, autour des lacs, le long des rivières et des ruisseaux.

Une existence solitaire mais intense, loin du cancer des villes et de leurs habitants anémiques. À travers ses vitres embuées, Gaspard apercevait parfois des fragments de panneaux égrenant les villes de la banlieue nord-est : Aulnay-sous-Bois, Drancy, Livry-Gargan, Bobigny, Bondy….

Il avait besoin de ces longues immersions, seul dans la nature, pour se purifier, pour se laver du chancre de la civilisation. En bon misanthrope, il se sentait plus proche des ours, des rapaces et des serpents que de ses soi-disant frères humains. Fier de pouvoir vivre la plupart du temps en dehors de la société et de ses règles. Il lui arrivait de quitter ses montagnes ou son repaire de Grèce et de prendre un avion pour assister à un concert de Keith Jarrett à Juan-les-Pins, à une rétrospective de Bruegel à Rotterdam ou une représentation de la Tosca dans les arènes de Vérone.

Après avoir mûri sa pièce de théâtre dans sa tête pendant un an, il se mettait à son bureau, seize heures par jour. Ses histoires plaisaient surtout à la presse intello qui surinterprétait et surestimait quelque peu son travail.

On le comparait à Kundera, à Pinter, à Schopenhauer, à Kierkegaard. On venait de traverser la Seine. Boulevard Arago, des décorations de Noël tristes et déplumées rappelèrent à Gaspard combien il détestait cette période et ce que cette fête était devenue : un simple dégueulis commercial et vulgaire. Le chauffeur baissa sa vitre pour parler à un flic en train de réguler la circulation.

En raison de la grève et du blocage des sites de traitement des déchets, Paris croulait sous les ordures. Dépités, partagés entre le dégoût et la colère, certains touristes faisaient même des selfies ironiques devant les conteneurs débordants de détritus. Sous la pluie battante, Madeline remontait la rue de Grenelle, tirant sa valise à roulettes qui semblait peser un kilo supplémentaire tous les cent mètres. Pour se donner du courage, elle élaborait dans sa tête son programme des prochains jours.

Elle était venue ici en espérant se reposer et se retrouver. Elle prêtait à la ville ce type de vertu magique. Quand elle arriva rue du Cherche-Midi, un rayon de soleil timide fit même son apparition et lui rendit le sourire. Elle fouilla dans son smartphone pour ouvrir le mail de la plate-forme de location sur laquelle elle avait choisi la maison.

Puis, en avançant sur les pavés, elle découvrit un groupe de quatre maisonnettes. Madeline avait toujours été sensible aux intérieurs. Elle posa sa valise dans un coin du hall et prit le temps de parcourir toutes les pièces. Au rez-de-chaussée, une cuisine ouvrait sur une salle à manger et un grand salon dépouillé. En descendant un escalier en bois brut, on atterrissait sur un plateau en rez-de-jardin, partagé en deux chambres qui donnaient sur une fontaine entourée de plantes grimpantes.

Quant au premier étage, il était entièrement occupé par un immense atelier, une chambre et sa salle de bains. Dans le descriptif fourni par le site de location, elle avait lu que la maison avait appartenu au peintre Sean Lorenz. Et partout, des pots de couleurs, des brosses, des pinceaux, des bombes de peinture. De retour dans le salon, elle ouvrit la porte vitrée qui donnait accès à la terrasse.

Cette maison lui avait fait retrouver le sourire. Elle avait eu raison de suivre son instinct et de venir ici. Paris était vraiment la ville dans laquelle tout pouvait arriver.

Gaspard en profita pour remettre sa veste et essuyer ses lunettes. Une clameur rauque et confuse montait de la rue. Pétards, cornes de brume, sifflets, sirènes, slogans hostiles au gouvernement. Le dramaturge plongea dans la vague de drapeaux et de banderoles pour rejoindre en apnée le boulevard Raspail.

Soulagé de retrouver un peu de calme, il reprit son souffle, appuyé contre un lampadaire. Il reprit sa route alors que de timides rayons de soleil faisaient miroiter le trottoir. Le Rouge et le Noir. Une halte, prélude à une descente aux enfers suicidaire.

Des bitures violentes avec des gars frustes qui se foutaient pas mal de Brueghel, de Schopenhauer, de Milan Kundera ou de Harold Pinter. Deux chats débonnaires se doraient au soleil. Des oiseaux piaillaient dans les branches des cerisiers. Gaspard fit quelques pas sur les pavés irréguliers. Un peu en retrait, presque dissimulées par les arbustes, on devinait de petites maisons en pierre meulière et leurs murs crépis. Derrière des portails rouillés, leurs façades ocre étaient mangées par le lierre et la vigne vierge.

Un digicode invitait à saisir de nouveaux chiffres. Gaspard suivit les instructions de Karen et la porte en acier se déverrouilla dans un léger clic. On était ici dans une autre dimension, un espace à la fois familier et réconfortant. Fonctionnel, accueillant et épuré. Pour la première fois depuis longtemps, Gaspard sourit. Un bruit le tira de sa béatitude. Une partie de ce qui nous attire chez les artistes est leur altérité, leur refus du conformisme, leur majeur brandi au visage de la société.

De grosses lunettes Le Corbusier lui mangeaient le haut du visage, mais faisaient ressortir ses yeux ronds, son regard vif et pétillant. Je pourrais essayer de la joindre, mais elle est partie ce matin même à Chicago pour les vacances et…. Même depuis sa tombe, Lorenz continue à me pourrir la vie! Je veux ce qui était convenu : habiter dans la maison, toute seule. Appelez-moi quand vous lui aurez parlé.

Des surfaces monochromes, des à-plats de couleurs tristes, lardés de coups de cutter et troués de clous rouillés. Madeline les observa avec intérêt, mais sans affect. Ce genre de tableaux la laissait souvent à distance. Madeline sursauta en se retournant. Lorenz était un artiste qui peignait peu.

Il souffrait de problèmes cardiaques depuis longtemps et avait déjà subi plusieurs pontages. Madeline hocha la tête. Elle aurait dû partir, aller régler cette histoire avec son colocataire indésirable. Je suis son héritier et son exécuteur testamentaire. Dr botox south anne street financial il ne peignait plus depuis plusieurs années.

À la brigade criminelle de Manchester puis à New York. Assis sur la table de la terrasse, Gaspard Coutances savoura une gorgée de vin. Le gevrey-chambertin était délicieux : équilibré, intense, ample et souple en bouche avec des arômes fruités de cerise noire et de cassis.

Bon sangragea-t-il, il est impossible que je me laisse déloger par cette fille! Il voulait écrire sa pièce de théâtre ici. Soit Karen trouvait une solution, soit elle pouvait dire adieu à leur collaboration. Généralement, ce type de menaces avait le pouvoir de transformer Karen en guerrière. Mais, cette fois, il craignait que ce ne soit pas suffisant.

Nouvelle gorgée de bourgogne. Chant des oiseaux. Ça ressemblait à un début de pièce de théâtre. Ça ne manquait jamais. Question de survie. Il se resservit du vin et, son verre à la main, quitta la terrasse pour déambuler dans le salon. Un homme, une femme, un petit garçon. Ses poses ressemblaient à celles que prenaient Stephanie Seymour ou Christy Turlington sur les couvertures des magazines de mode il y a vingt-cinq ans. Une beauté des années : élancée, sensuelle, rayonnante.

Mince sans être squelettique. Radieuse sans paraître inaccessible. Mais les photos les plus nombreuses étaient celles de Lorenz avec son fils. Le peintre était peut-être un homme austère, mais, quand il était avec son enfant — un blondinet à la bouille craquante et au regard pétillant —, sa morphologie se métamorphosait, comme si la joie de vivre du gamin déteignait sur le père.

Derniers clichés de cette exposition familiale, deux tirages plutôt joyeux montraient Lorenz en train de peindre avec des enfants de cinq ou six ans, parmi lesquels on reconnaissait son fils, dans ce qui devait être une école ou un cours de peinture à destination des plus jeunes. Une somme de près de cinq cents pages, luxueusement reliée et dont le poids dépassait à coup sûr les trois kilos. Dès les premiers mots, Gaspard apprécia le ton libre et direct que prenait Benedick pour planter les grandes lignes de la biographie du peintre.

Sean Lorenz était né à New York au milieu des années Fils unique, le futur peintre avait passé son enfance et son adolescence avec sa mère dans les Polo Grounds Towers, une cité HLM au nord de Harlem. Les fameux Artificiers qui recouvraient de graphes rageurs les wagons, les palissades et les murs éventrés.

Des clichés un peu flous, au grain sale, pris dans les entrepôts, les terrains vagues et les souterrains du métro. Pour se réapproprier la ville, des gamins comme Sean barbouillaient de peinture tout ce qui leur tombait sous la main : les rideaux de fer des magasins, les boîtes aux lettres, les bennes à ordures et, bien sûr, les wagons de métro. Leur groupe se faisait appeler Les Artificiers.

Le petit minet latino signait ses graffitis avec le pseudonyme NightShiftmais il a rapidement disparu des radars. Madeline continua à visionner les dizaines de photos stockées par Benedick. On devinait une ville-jungle âpre, des quartiers sous la coupe des gangs, des existences ravagées par le crack. Madeline songea aux murs de la cité de Manchester dans laquelle elle avait passé son adolescence. Si elle en détestait le côté anarchique et transgressif, elle était forcée de reconnaître que ces fresques vitaminées avaient au moins le mérite de combattre la tristesse et la grisaille du béton.

Sa mère est corse, son père, polonais. Elle travaille à New York comme jeune fille au pair, mais, en parallèle, elle court les castings pour essayer de devenir mannequin. Pendant deux mois, il réalisera un nombre impressionnant de fresques mettant en scène sa dulcinée.

Les peintures étaient une ode à la beauté féminine, à la volupté et à la sensualité. Si les premières fresques étaient sages, presque romantiques, les suivantes devenaient beaucoup plus impudiques. Pénélope y apparaissait comme une femme liane, multiple, à la fois aérienne et aquatique, qui se déployait de wagon en wagon.

Ces fresques étaient éblouissantes. Une femme ambivalente, tantôt accueillante, tantôt vénéneuse. Fascinée, Madeline fit défiler une nouvelle fois les parois chatoyantes des wagons.

Les tribunaux prononçaient des peines très lourdes. Elle pensait à cette femme, Pénélope. Avait-elle été flattée, mortifiée, humiliée? Au bout de quelques jours, elle a fini par tomber sous son charme. Ils se sont aimés follement cet été-là. Puis en octobre, Pénélope est rentrée en France. Sean avait cette fille dans la peau. Là, Sean a continué à peindre. Non plus sur des rames de métro, mais sur les murs et les palissades des terrains vagues de Stalingrad et de la Seine-Saint-Denis. Elles avaient toujours les mêmes couleurs éclatantes et explosives.

Des peintres et des sculpteurs bien sûr, mais aussi des groupes de rock et des musiciens. Je sens les gens. En évoquant son ancien protégé, Benedick avait la voix presque chevrotante et les yeux humides. New York lui manquait, bien sûr, mais il était très amoureux de Pénélope. Entre etSean a fait vingt et un portraits de sa femme. Au début des regime dietetique et perte de poids tailleà chaque exposition de Sean, toutes les toiles étaient vendues dès le soir du vernissage.

Et en …. Du jour au lendemain, Sean Lorenz devient une star des salles de vente. Seule une quarantaine de toiles échappent à son jugement féroce. Gaspard leva les yeux du texte et tourna les pages pour regarder les reproductions des tableaux de cette période.

Lorenz avait su se renouveler. Gaspard fut conquis par les toiles de cette période. Minérales, nacrées, elles lui rappelaient tour à tour les roches, la terre, le sable, le verre, les traces de sang brun sur un suaire. Les tableaux de Lorenz semblaient animés. Des couches denses, du relief pour jouer avec la lumière. Puis elle lui a conseillé de vendre directement aux enchères une vingtaine de ses nouveaux tableaux sans passer par ma galerie. Ça a rapporté des millions à Sean, mais ça a abîmé notre relation.

Pendant dix ans, elle a enchaîné les fausses couches. Que, grâce à Julian, il voyait le monde avec un regard neuf. Enfin, vous saisissez le topo, quoi : le discours un peu couillon de certains hommes devenus pères sur le tard. Vous imaginez ça! Sean Lorenz en train de donner des biberons, de promener une poussette ou de faire des animations dans des écoles maternelles.

Bon sang, vous avez vu les photos de son travail. Sean était un génie. Bernard Benedick secoua la tête et retira ses grosses lunettes pour se frotter les yeux. Quelques secondes, le regard du galeriste se détourna, cherchant la lumière du dehors avant de se perdre dans le vague. Le galeriste marqua une pause comme pour ménager un suspense un peu forcé. Pour la première fois au monde, les vingt et un portraits allaient être visibles dans un même lieu.

Des collectionneurs réputés nous avaient prêté leurs toiles. Mais quelles que soient ses raisons, je ne lui pardonnerai jamais cet acte. Une enquête criminelle a été ouverte. Sauf que, bien sûr, elles tardaient à arriver. Il était parti quelques jours à New York pour consulter un cardiologue. Dans tous les recoins de la maison, dans le grenier, dans la cave. À part la maison du Cherche-Midi que vous connaissez et qui est hypothéquée, il ne lui restait plus rien.

Madeline retourna la boîte pour découvrir une inscription au stylo à bille. Madeline était restée assise. Après un instant de réflexion, elle se leva à son tour et demanda :. Pour la première fois, elle ne se sentait pas bien à Paris. Pas à sa place. Elle reprit sa Vespa, abandonnant les groupes de touristes, leurs jacassements fatigants et leurs perches à selfies qui à tout instant menaçaient de vous éborgner, pour rouler sans destination précise.

Dans sa tête, les couleurs et les arabesques de Lorenz continuaient à danser et à se déployer. Elle prit alors conscience que sa seule véritable envie était de poursuivre son voyage avec le peintre. Le soleil affirmait à présent sa victoire totale sur la grisaille. Il faisait bon. Soudain, un immense vaisseau de verre surgit entre les branches des arbres déplumés.

Drapée dans ses voiles cristallines, la Fondation Vuitton se découpait sur un ciel céruléen. Le hall était vaste, clair et aéré, avec une ouverture sur la verdure. Allongé sur une lounge chair en cuir craquelé, les pieds posés sur une ottomane, les yeux clos, Gaspard écoutait une conférence de Sean Lorenz enregistrée sur une antique cassette audio dénichée au milieu des vinyles de la bibliothèque.

Gaspard buvait ses paroles. Le son était brut, sale, saturé, engloutissant les hurlements violents qui tenaient lieu de chant.

Comment peut-on prendre plaisir à écouter une telle regime fort pour maigrir wrap Les fâcheux, les gêneurs, les enquiquineurs faisaient la loi. Ils étaient trop nombreux, se reproduisaient trop vite. Leur victoire était totale et définitive. Pour se signaler, Gaspard tira la cloche rouillée fixée dans un pilier en pierre de taille. Comme personne ne se manifestait, il escalada le portail, traversa le jardinet et grimpa la volée de marches qui menait à la maisonnette avant de tambouriner à la porte.

Vous vous croyez seule sur terre? Continuez à vous bousiller les tympans si ça vous chante, mais achetez un casque pour ne pas torturer les autres. Gaspard se retourna. Une seconde, il se sentit décontenancé par la remarque. Une bourrasque fit claquer un volet.

Immobile, Madeline regardait les deux tableaux, comme envoûtée par un sortilège. Datant de et intitulée CityOnFirela première toile était une grande fresque typique de la période street art de Lorenz : un brasier ardent, une peinture qui dévorait la toile, une déflagration de couleurs allant du jaune au rouge carmin. Motherhoodla deuxième toile, était beaucoup plus récente. Le tableau était vivant. En quelques secondes, une même surface passait du blanc au bleu puis au rose.

Tantôt la peinture de Lorenz vous apaisait, tantôt elle vous inquiétait. Cette hésitation fascinait Madeline. Comment une toile pouvait-elle faire liposuccion plus augmentation mammaire financement effet-là?

Elle voulait encore trembler de ce vertige apaisant. Demeurer dans cet espace amniotique et régressif qui vous transperçait et révélait de vous des choses que vous ne soupçonniez pas. Sur les étagères, des plaques émaillées, un moulin à café déglingué, de gros bols en céramique et de vieilles casseroles en cuivre.

Adossée contre le mur, la jeune femme souffla avec délicatesse sur son breuvage. Trois ou quatre ans avant sa mort.

Pendant mes premières années de fac, pour arrondir mes fins de mois, je posais comme modèle pour les élèves des Beaux-Arts. Un jour, Sean y a donné une master class. Par curiosité, Gaspard examina les bouteilles de vin rangées dans un casier en fer forgé. La prochaine fois, je vous apporterai une bouteille de vrai vin.

Une seule question : et si ce que lui avait dit Bernard Benedick était vrai? Et si les trois dernières toiles peintes par Sean Lorenz avaient vraiment disparu? Un frisson la parcourut. Le signal du début de la chasse.

Elle lança le navigateur Internet de son smartphone. La notice Wikipédia de Lorenz commençait de façon classique :. Il a vécu et travaillé à Paris les vingt dernières années de sa vie. Elle se poursuivait sur plusieurs dizaines de lignes.

Un résumé synthétique intéressant, mais qui ne lui apprit rien de plus que ce que lui avait raconté Benedick. Malgré le versement de la somme, seule Pénélope sera libérée tandis que le petit garçon est assassiné sous les yeux de sa mère. Une pièce spacieuse dont les murs étaient tapissés de photos de femmes nues ligotées dans des positions extrêmes. Des corps entravés, harnachés, suspendus dans les airs. Une technique élaborée pour ligoter les prisonniers de guerre de haut rang.

Vous devriez venir, un de ces jours. Je vous ferais une démonstration. Suffisamment en tout cas pour me confier très souvent la garde de son fils. Attachant, vif, intelligent. Gaspard remarqua que le teint laiteux de son visage avait encore blanchi. À son tour, Gaspard accusa le coup. Ne les quittant plus du regard, Pauline essayait de résister à la tentation de ronger ses ongles peinturlurés de vernis grenat. Julian a été enlevé à New York et poignardé sous les yeux de sa mère.

Elle voulait se venger. Ses motivations ont toujours été très floues. Pour ne pas paraître trop intrusif, Gaspard se mordit la langue. Plus concerné par rien, en fait. Elle laissa passer quelques secondes puis ajouta, comme si un souvenir lui revenait en mémoire :.

Sean était un fou de lumière. Une lueur vive, pénétrante, qui éclairait son visage. Je suis rentrée chez dc rides six flags great en me sentant un peu péteuse.

Gaspard regarda cette drôle de fille, tout à la fois provocatrice, intellectuelle, sagace et underground. Une fille qui devait plaire à la plupart des hommes. Comme elle avait dû plaire à Lorenz.

Tout à coup, une interrogation traversa son esprit, comme une évidence :. Alors, elle déboutonna son chemisier et son tatouage apparut non pas dans sa totalité, mais dans toute sa splendeur.

Je suis profondément optimiste sur rien du tout. La nuit était tombée lorsque Madeline poussa la porte de la maison. Elle avait évité le plus possible la confrontation avec Gaspard Coutances, pourtant inéluctable.

Vous dînez avec moi? À propos de la maison, je voulais vous prévenir : je vous la laisse. Je vais aller habiter ailleurs. Nous nous partageons la cuisine et vous pouvez disposer du reste de la maison. Puis elle prétexta une grande fatigue et monta se coucher. Madeline rangea quelques affaires, trouva des draps propres anti ride naturel sklep internetowy une armoire et fit son lit.

Le chauffage avait beau être allumé, tout son corps tremblait. Ses os lui faisaient mal, sa peau était hérissée de chair de poule. Ce truc brûlait, un véritable supplice. Alors que chaque fois elle était parvenue à dominer sa peur, là, elle faisait sa chochotte pour une petite aiguille! Madeline ferma les yeux. Nouvelle respiration. Coton pour stopper le saignement. En grelottant, elle remonta sur elle la couverture.

Derrière ses yeux clos, elle vit à nouveau les images du petit Julian, les couleurs de sang, la ville en flammes. Puis, comme à rebours, le tableau plus serein de la maternité. Et, peu à peu, elle se sentit moins mal.

Son corps dégonfla. Elle avait même faim. Contre toute attente, le repas fut joyeux et agréable. Après le repas, la discussion continua au salon. Madeline avait retiré ses bottines, étendu ses pieds sur le canapé, posé un plaid sur ses épaules et sorti de sa poche une cigarette roulée à la main qui ne contenait pas que du tabac.

Mais ouvrez les yeux, bon sang! Madeline chercha à lui répondre, mais Gaspard était lancé. Madeline écrasa sa cigarette dans une coupelle qui faisait office de cendrier. Les écosystèmes terrestres disparaissent inéluctablement.

Nous avons déjà franchi le point de non-retour, nous…. Je vous ai répondu : parce que je ne veux pas les voir grandir dans le chaos et la fureur. Engagez-vous dans une association, militez dans un…. Très peu pour moi. Je méprise les partis politiques, les syndicats, les groupes de pression.

Et puis, la bataille est déjà perdue, même si les gens sont trop lâches pour le reconnaître. Celui qui a toujours existé et qui existera toujours. Pour faire comme vos copines? Pour échapper aux questions culpabilisantes de papa et maman?

Elle monta les marches deux par deux et claqua la porte de sa chambre. Resté seul, Gaspard poussa un profond soupir. Ses arguments, ceux de Madeline. Il avait peut-être été maladroit sur la fin, mais il avait été sincère. Tout au plus regrettait-il la brutalité de ses propos, mais pas leur fond. La tête qui bourdonne. Il lui fallut plusieurs secondes pour émerger.

Il se mit debout péniblement, se frottant les paupières, se frictionnant la nuque et les côtes. La gueule de bois dans toute son atrocité : mal de tête, goût de ciment dans la bouche, nausée, articulations rouillées. Sa migraine empirait, lui éraillant le crâne avec obstination. Il fouilla dans son sac de voyage, mais ne trouva rien qui, de près ou de loin, ressemblât à un médicament. Heureusement que certains étaient organisés pour les autres.

Là, il explora la discothèque pour retrouver les disques dont lui avait parlé Pauline la veille. Le premier vinyle était un must-have de toute discothèque classique : la Cinquième Symphonie de Beethoven dirigée par Carlos Kleiber.

Avec en guest stars Barbara Hendricks et Christa Ludwig. Elle exaltait les thèmes de la vie éternelle et de la résurrection des corps. Cette musique est trop vraie, elle dit des choses effrayantes à entendre. Gaspard se gratta la tête. Il eut du cp rides yeux à se concentrer.

Il avait passé une nuit étrange, presque planante, flottant dans ses songes au milieu des paysages psychédéliques tatoués sur le corps ligoté de la jolie voisine. Une vision pas violente, mais perturbante.

Le gamin mort… et pourtant si plein de joie et de vitalité sur les tirages argentiques. Il se laissa tomber dans le canapé en soupirant. Face au carrousel, on distinguait la silhouette bienveillante de Sean Lorenz, les yeux posés sur sa progéniture.

Gaspard fouilla dans son jean pour en extraire son portefeuille. La photo datait de Presque quarante années séparaient les deux clichés. Mais ce matin quelque chose était encore plus préoccupant que le réchauffement climatique : le quartier était méconnaissable. La manifestation de la veille avait tout ravagé et dévasté, les Abribus, les vitrines des magasins, les panneaux de signalisation. Cette vision de désolation lui donna envie de pleurer.

En arrivant devant le centre médical dans lequel elle avait rendez-vous, Madeline découvrit que ses vitres avaient elles aussi volé en éclats.

Un ouvrier était en train de dégager une palette en bois qui avait servi de projectile pour saccager la devanture. Car il y aurait toujours des gens pour résister, pour se battre contre la violence sociale et pour ne pas se résoudre aux catastrophes annoncées. Et son enfant en ferait partie. Même si les dégâts auraient pu être pires, il était indéniable que son corps vieillissait. Elle avait donc rempli un dossier, rencontré un médecin, pratiqué des analyses pour se lancer dans une fécondation in vitro.

Pour avoir un enfant, elle endurait un calvaire quotidien. La pièce était sombre. Pendant trop longtemps, dans son métier, elle avait enquêté sur des morts, mais les morts vous entraînent dans leurs ténèbres. Je sais que tu es habitée par la peur.

Je sais que tes nuits sont agitées, peuplées de fantômes, de cadavres et de démons. Économies pour cause de pétrole de schiste abondant y a à changer de système énergétique. Et et de climato-scepticisme à la Maison- même dans les pays les plus volontaristes, Blanche, la Chine avance à pas de géants.

On parle de On a longtemps ments, le pétrole cru que cela consti- dans un nombre deep decarbonisation. Cer- SpaceX que de se lancer dans une nouvelle tains gouvernements ne sont pas encore aventure. Naturellement, le dispositif ne serait non. Chaque Enon décida de technique et commerciale système avait ses départager les concurrents sans merci a opposé deux avantages et ses en leur demandant des plus grands inventeurs inconvénients.

Très vite, le projet norme de courant Par contre, les lignes DC Tesla fut jugé le plus électrique commune. Économies Du soleil à la pompe, sans intermédiaire Les véhicules électriques carburant liquide en carburant liquide.

GUILLAUME MUSSO Un appartement à Paris

Leur prix baisse rapidement, certes, sitaire américain Varun Sivaram — qui a mais il estime que le coût de fabrication consacré sa thèse de doctorat aux pan- demeurera toujours relativement élevé. Varun Sivaram triques. En Europe du Nord, le généralisée.

Et elle utilise des matériaux Danemark exporte déjà le surplus de la pro- rares et chers comme le vanadium. Le mum de déperdition. Économies La Chine, elle, se pose moins de questions. Et comme Sur les réseaux supergrid pas que financiers. Un duo, la plus dynamique. Cer- Liu Zhenya. Beau- tral du Parti communiste. Ne serait-ce que pour remplacer les lignes à haute tension Un village global paisible et harmonieux actuelles, souvent obsolètes, par des câbles Technicien avant tout, Liu Zhenya a rédigé plus performants.

Et sans doute aussi pour un scénario en plusieurs étapes. Ensuite, les nations beaucoup plus finement la consommation voisines se connecteront pour créer des électrique de leurs abonnés. Et il centres informatiques des data centers est nécessaire. Ses dirigeants suc- shore sur le marché tunisien. Ainsi, à Lyon. Par Dominique Mataillet M arxiste un jour, marxiste pose le système économique mondial en toujours. Le futur théoricien de la est plus versé dans les bilans que dans les dépendance trouvera dans cet héritage projets.

Dans Dans les annéesgique. Pourvu mondistes. Sa recherche, lisme périphérique, paru en aux Édi- qui sera publiée en par Anthropos tions de Minuit, avaient un large écho. Il commence sa carrière en au sein 1. Ici, un guide bushman, son fils… et un suricate. Les bénéfices des diamants an de à La capitale Gaborone est devenue rels qui ont affecté douloureusement les celle du diamant mondial et De Beers y a économies du continent.

Il est aussi celui dont la macro-éco- La collection de médailles du Botswana nomie est la plus sagement pilotée : bud- est inédite non seulement sur le continent get le plus souvent équilibré voire mais aussi dans le monde entier.

Le Botswana contemporain, sous la direction de Daniel intermédiaire, avec 7 dollars par tête Compagnon et Brian Mokopakgosi, éd. Khartala, Chaque jour, un nombre plus de cent mille orphelins et compliqué effrayant de personnes meurent du sida.

Rappel de titre Le Botswana doit son décollage au diamant dont il a su bien gérer les recettes. Les investis- pour un pays alors sans richesse particu- seurs miniers interrogés par Fraser Institute lière ont préféré lui appliquer le système du en font leur destination africaine préférée.

Plus encore que son homogénéité que représente le Botswana a une multi- ethnique, les Batswanas formant les trois tude de causes. Économies batswanas : les Mangwatos, les Bakwenas Il faut rappeler enfin la priorité que le et les Bangwaketses.

Depuis mais le zèbre. Les Sans, au- corruption. Et les inéga- le roi de la plus grande tribu du pays, les lités sont très élevées, notamment dans les Mangwatos.

Mais le BDP peu valorisés avant leur exportation. Celui-ci lui a permis de tenir la dra- lisme social efficace. Le Botswana, par Marie Lory, éd. Hélas, elle connaît beaucoup de scissions. Il augmentera les bourses univer- lui avait aliéné les jeunes urbains de la sitaires, promettra de remédier au chômage classe moyenne. Réunissant les hommes du illustre que les ministres et les responsables clan, de la tribu ou du village, le kgotla a politiques acceptent sans sourciller donné aux Batswanas le goût du consensus, le résultat du suffrage universel quand de la décentralisation et de la transparence.

Une façon pour eux, peut- de simples regards — ont fini par les être, de ne pas chercher à corriger ce que contraindre à réfugier leur virilité dans leur Dieu a créé? Une façon aussi, parfois, de seule apparence? Simple hypothèse! Vaste programme! Je ne suis ni un homme ni une rement de droite ou de gauche, la confusion femme. Je suis non-binaire. À la différence des juges dénoncés par extraordinaire ils venaient à manquer. Thèse originale.

Ils se fai- D velles en provenance des États- Unis ne prêtent pas à rire. Sauf saient appeler les Camelots du Roi. En voici une : une profiter du fait que leurs rassemblements accorte jeune femme, Natasha Aponte, plus étaient interdits pour tendre un piège, là ou moins mannequin de son état, a monté aussi, à quelques naïfs. Naturel- La fille avait fait savoir sur un site inter- lement, les candidatures affluèrent.

À près de deux cents des candidats pas encore. Sociétés Qui sont les druzes? Par Dominique Mataillet Dieu aime-t-il les maths? La loi sur la nationalité Après la rupture initiale avec les sunnites, adoptée le 19 juillet par la Knesset.

Depuis un le gouvernement siècle, et pour la de Benyamin Netanyahou? Introniséen ,lecalifeAl-Hakim un statut à part. Origi- des citoyens de seconde zone. Rachaïaa On les retrouve également sur Nabatié Qatana le plateau du Golan, occupé par les Israéliens depuis Sociétés manichéennes et mazdéennes, voire boudd- que favorise sa concentration géogra- histes.

Il va de soi années Au Liban, en nites, établis eux aussi dans les zones mon- revanche, les druzes entendent peser sur tagneuses de la région. Kamal Joumblatt, leur chef de avec un massacre de ces derniers à Deir file, crée en le Parti socialiste progres- al-Qamar, en Rappel de titre À Tel-Aviv, des druzes manifestent contre la loi sur la nationalité adoptée le 19 juillet par la Knesset.

Aussi locale. En une journée, le 25 juillet faitement dans la tradition druze. Ultra-quelque deux cent cinquante per- minoritaire, menacée de toute part, cette sonnes ont été exécutées. De façon générale, les druzes sont légiti- Pendant regime transiente balanço de massa premières années du conflit mistes. Contrairement aux Kurdes, juin Les positions de cet homme de cier des autres Arabes.

Ils dis- Gaza, il soutient sans nuance les implanta- posent de leur tions israéliennes propres juridic- en Cisjordanie. Enpour la la porte, rapporte le quotidien Haaretz. Les druzes ignorent la strictes. On Coran. Mais ils en font une prière ni le pèlerinage ne naît druze, les conversions lecture très particulière, sont obligatoires, le jeûne sont impossibles.

Il existe élément essentiel dans leur réglementée. Leur elle, est interdite. Le Celles-ci passent donc dans dogme fondamental est voyageur ne verra ni un autre corps au moment celui de la transfiguration : cérémonie religieuse ni lieu de la mort. Les règles réincarnations. En matière de spéculation, les savants rivalisent avec les pour perdre 5 kg en 2 semaines yellowstone Démonstration en dix exemples.

Quel rapport entre le Livre et la relativité? Et je me mis à le titiller pas là une béance formi- leures notes aux examens. Je lui répon- connaît le mieux au Maroc. Cette question a-t- elle même un sens? Y aurait-il, par conséquent, port de force entre le Bien et le Mal. Double que les mathématiques sont cohérentes. Parce Cela vaut-il de perdre son âme? Alexandrov avait des principes moraux stricts, ce qui contribua sans doute à renforcer ces mêmes principes chez Perelman.

Dieu aime-t-il les maths? Après son triple meurtre, il est interné à Charenton. Deux choses sont troublantes. La deuxième interrogation surgit quand on lit ce récit Lemire, p. Ils se les deux hommes terminèrent leur vie sont mis à réfléchir pendant plus décharnés, la peau sur les os.

Bnc regime micro ou reel mot. Ils le négligeaient Un jour, à Damas, il y a mille ans, presque totalement.

Pas de folie ici, mais un mépris — Oui. Il re- hommes. Or le Châ- bourgeois. Une nouvelle annulation paraît teau Angélus a été propulsé au sommet de donc inévitable, qui pourrait mettre fin la hiérarchie viticole avec un nouveau à tout classement.

Cet Afrique du Sherwood Group. Il a lui-même repas, des poissons issus de la pêche durable développé depuis dix ans la commerciali- ou des élevages labellisés bio. Terrasse — Ouvert 7 jours sur 7. Ou capable de réflexion, la nouvelle forme machinique.

Mais est-on bien certain que cela soit seu- Artificial Intelligence, ou encore des séries lement possible? A priori, la majorité des très récentes telles que Black Mirror ou scientifiques estiment que oui. Jouer aux échecs, par exemple, cher une pomme. Sociétés pléter harmonieusement.

Le champion loppées pour triompher de ces tests. De ce que nous sommes? De notre pour estimer cette date? La peur. La souffrance. Le doute. Un logiciel peut-il apprendre cela? Szlakmann Littérature : plus rien à découvrir? À Paris, la République tremble. Ordre est raisons. Hors le vins conventionnels. Les de copeaux de bois, sol et les influences lunaires vignerons les plus radicaux de soufre, les levures… se combinent au mieux.

La pour accentuer le prédestinés, seulement des sélection clonale boisé qui plaît tant entêtements de civilisation. Une lise une mémoire collective. En Beau- trines les plus douces, quasi toutes issues des jolais, par exemple, se développe une viti- spéculations biodynamiques et écologiques culture à deux vitesses. Un nique — que se sont second volume reconnus les pion- sa dignité première.

Le théoricien tion 3, sous la forme moderne de cette démarche fut donc, en de reportages passionnants, jovialement France, Jules Chauvet, dont les rares écrits illustrés dans les chais de 23 vignerons, ont été sauvegardés par les éditions Jean- dont 5 vigneronnes, qui livrent leurs joies Paul Rocher 2. Alertés par les scandales ali- et leurs peines, leurs réussites et leurs mentaires à répétition et par la question des échecs. On ne trouvera dans cet ouvrage, pesticides, les consommateurs sont de plus pourtant très engagé, aucun jugement en plus attentifs aux produits naturels, arti- moral à travers les portraits de vignerons sanaux, bio, labellisés ou nature.

Ils vertueux, parmi lesquels Athénaïs de demandent plus de traçabilité et préfèrent Béru, à Chablis, François Saint-Lô une petite production à celle industrielle et VienneJérôme Guichard Saône-et- massive. Rien, ni engrais authentiques, singuliers et plaisants, par- chimique, ni désherbant, ne doit troubler la fois grandioses.

Quant à la vinification, pas de dans la nature. Pour Fleur Godart, beau- coup de ces vins qui respectent le terroir et 3. Marabout,25 euros. Lire aussi Glou guide : vins naturels à 15 euros maxi, de Jérémie Couston 2. Quant au Par Benjamin S. Des livres, exige le retrait des illustrations pour ceux de Stevenson, London et Melville, il publier. Refus de Bouvier. Nouveau refus.

Botox dura quanto tempo xxe

Le risme luthérien. Publié enfin — près de trois décennies Le jeune Nicolas plus tard! Las, le manuscrit ne maître de la littérature de voyage.

Et si trouve pas preneur. Cultures surtout, pour nos contemporains, la ment mis en scène par la téléréalité Pékin guerre et la destruction. Sylvain Tesson, par exemple, le fait avec brio. Se jamais. Être surpris? Aller à son rythme jamais l perdre pour mieux se retrouver? Une gageure tant ce monde est devenu u uni- forme, raccourci par des transports ultra- rapides et des réseaux de communiccation hyperconnectés. Dans un autre, un jeune auteur plein Dans les romans, peut-être?

Paulsen, Tous les détails sur www. V oici un livre comme on aimerait en dévorer plus souvent. Les écrivains Chateaubriand, pourquoi. Il ne cesse de revenir là- son Zayde, histoire espagnole de Et, dessus. La convivencia a-t-elle vraiment devinant la question qui taraude le lecteur, existé? Sarkozy avait raison de dénigrer le ne joue aucun rôle? Peut-être on peut rêver avait-il Créée par ce que Foucault aurait appelé un lu Zayde? Et en plus, il se visite. Pas Michelin : Pérez. Il a grandi en Casamance, à Ziguinchor.

Faisant partie de cette du fracas infernal des prê- cheurs dans le Grand Dakar, du sort des jeunes moment de leur parution. La Bataille de Bouvines Perrin, Le Dimanche de Bouvines Gallimard, Bienvenue à Lagos É tabli à New York depuis quinze ans, un jeune Nigérian vient passer trois rendent la vie quotidienne insupportable. Chris Abani, etc.

Et au Royaume-Uni en général. Mais sa SAC gaulliste ou dans grande spécialité reste les mouvements le mercenariat. La continuité est évidente : Les années passent, les morts se suivent, on au sein de ce microcosme restreint, on se braque les banques pour financer les grou- déchire, on se trahit et on se hait, mais on puscules, du moins quand ceux-ci ne sont se passe aussi le flambeau.

Céline tenta la voie diplomatique. Un peu de patience… Bon Alors maintenant… Barthes Il nous faut trouver un masque africain Oh, c'est vraiment le bazar, quand même… Au loin, on buvait maintenant le récit de Marcel. Assis à sa place à elle, Fred l'interrompait de temps en temps pour poser des questions. De temps en temps aussi, il tapait sur l'épaule de Valoche. Il devait le charrier, parce que ça faisait rire le groupe.

Le plus souvent, sous ses attaques, comme tout à l'heure quand il draguait faussement sa nouvelle copine, il y avait quelque chose comme un Dire combien Valoche était ennuyeux, c'était surtout insister sur le fait qu'il n'était pas aussi vain que lui en paroles ; et rappeler qu'il avait été le poète du groupe du lycée, c'était insister discrètement sur les qualités sensibles et la culture artistique qui faisaient une autre partie de son charme.

Elle sentait la paranoïa la reprendre. L'idée que Mme Doucet avait très bien remarqué l'importance de l'arrivée de Marcel et Renee, et qu'elle faisait exprès de la maintenir éloignée d'eux la taraudait. Mais elle la combattait aussi, toujours dans l'idée qu'il fallait que tout se passe bien, aujourd'hui plus que jamais. Comme toutes les autres. Il ne savait pas trop bien pourquoi. Il détestait cette tplus ride.com d'expression.

D'où venait cette sorte de paresse face à l'explication, qui permettait de se quitter si vite? Victor Hugo appelait l'amour la flamme qui ne peut s'éteindre, la fleur qui ne peut mourir. Ou Victor Hugo était con, ou quelque chose lui échappait encore. Il était bien conscient, en même temps, que si le sentiment ou sa mort pouvaient s'expliquer simplement, il n'aurait pas tant de difficultés à le pratiquer.

Mais à chaque échec de ce genre, il se disait aussi, très pessimistement, qu'il Voire, que l'amour tel qu'il avait besoin d'y croire pour guérir n'était qu'une illusion culturelle. Ces pensées étaient la seule cause de son désespoir. Julie ne lui manquait pas. De ça, il n'était pas encore capable. Il cheveux qui poussent très vite bien voulu connaître cette souffrance démesurée, horrible, et qui pousse parfois au suicide.

Il se disait souvent que peut-être, malgré la violence, le jour où il la ressentirait, c'est qu'il serait guéri, parce qu'elle était comme la pointe la plus profonde du sentiment amoureux.

Mais il n'y pouvait rien. Son absence le laissait froid. Samedi, c'était deux jours à peine après qu'elle lui avait montré son âme à travers sa musique. Voilà ce qui le faisait souffrir. L'illogisme et la frustration de l'aperçu. Car plus encore que la soumission de son corps, la mise à nu de son âme l'avait ébloui.

C'était de l'électroswing que Julie mixait, et il s'en dégageait une joyeuseté mélancolique qui était tout elle, parfait lyrisme. Ni Grenouille ni Libellule ne l'avaient vraiment compris, parce qu'ils ne la connaissaient pas, que Grenouille n'aimait de toute façon que Wagner, Schoenberg, Miles Davis, ce genre de choses complexes et élégantes sur lesquels des thèses pouvaient être et avaient été écrites, et que Libellule, lui, ne comprenait en musique que la virtuosité instrumentale.

Il ne comprenait d'ailleurs pas grand-chose aux arts en général, qu'il jugeait à peu près comme on juge un sport. Il était par exemple de ceux qui pensaient que la photo avait tué la peinture. Maman seul avait bien voulu comprendre ce que Tourterelle voulait dire, et acquiescé à l'idée qu'on sentait tout un univers intérieur dans cette musique-là ; mais même lui n'avait acquiescé que très rapidement : il voulait surtout en finir, et leur expliquer leur mission.

Libellule conduisait maintenant la camionnette vers la rédaction d'un grand quotidien national. Après l'écoute du mix de Julie, Maman leur avait expliqué qu'il avait toujours garanti au patron que les Anges pourraient attaquer n'importe où, et qu'aujourd'hui il s'agirait de le prouver.

C'était une première, ce genre de lieu, presque public, et ce serait conséquemment une mission très délicate. Autre particularité, le travail de Grenouille promettait d'être très médiatisé.

Ça le rendait nerveux comme un soliste avant un grand concert : il tapotait nerveusement son genou, et s'échauffait en faisant rouler sa nuque ou ses poignets, mains croisées. On avait particulièrement besoin qu'ils fassent dans l'exemplaire, donc. Mais comme d'habitude, ils n'en savaient pas plus. Les raisons ne les concernaient pas, c'était tout l'intérêt de leur pathologie et ce qui leur avait rendu un rôle social.

Ce qui faisait d'eux les Anges. Après que Julie l'avait quitté, samedi, il avait beaucoup bu. Il ne se souvenait plus de rien, ou presque, mais il en portait des stigmates : au matin, il s'était réveillé le nez fracturé, tout collant de sang noir et épais, sans savoir comment c'était arrivé, et un pansement lui en barrait maintenant l'arête. Il supposait qu'il était tombé par terre sur le ventre pendant son sommeil, et que ça ne l'avait même pas réveillé.

Le pansement avait beaucoup contrarié Maman, évidemment. Mais Grenouille l'avait défendu en disant qu'attirer l'attention sur un détail si visible était une autre forme de discrétion, qu'un nez de clown, par exemple, pouvait suffire à dissimuler un visage. Ça allait se montrer vrai à un point que Tourterelle n'imaginait pas. C'est lui qui entra le premier dans le grand hall, au fond duquel était la réception, et dont la moquette répétait à milliers le logo du journal.

Il traversa ce hall un mug à la main, ignora les deux agents de sécurité comme s'il était habitué des lieux, passa devant la réception en bâillant, et poussa la porte vitrée qui donnait accès à la cour intérieure où les journalistes prenaient leurs pauses. Là, trois L'une d'entre elles, la seule qui fumait, donna à Tourterelle une curieuse impression de déjà-vu.

Elle n'avait pourtant pas un physique commun : la moitié du crâne rasé, des piercings à la lèvre et au nez, un écarteur à l'oreille gauche, elle portait un blouson de cuir serré droit sorti des années quatre-vingt, et une flamme tatouée lui montait dans le cou.

S'ils s'étaient déjà rencontrés, il était donc plus qu'étonnant qu'il ne s'en souvienne pas. Leurs regards se croisèrent et le choc électrique qui en résulta parut révéler qu'elle avait la même impression. Mais ils ne s'abordèrent pas tout de suite pour autant. S'appuyant des coudes contre une haute jardinière, il s'installa d'abord de manière à voir le hall, à travers la porte vitrée.

Ils prirent l'ascenseur ensemble. Il s'alluma une cigarette et recracha la fumée de la première bouffée en l'air. Au-dessus de lui, carré dans un carré dans un carré dans un carré dans un carré vers le ciel gris, s'étageaient les coursives. Son rôle était assez simple. Il devait prévenir Libellule à l'arrivée de Michel.

L'ascenseur faussement bloqué en maintenance serait renvoyé au rez-de-chaussée au moment où Michel l'appellerait. Le bouton du quatrième étage, sur lequel Michel allait appuyer, l'enverrait en fait au huitième, grâce à une simple inversion de fils. Au huitième, c'était la porte de l'escalier du toit. Mais Michel fut assez en retard. Ça lui laissa le temps de se reconcentrer sur la punk.

Comme l'impression de déjà-vu et les accessoires de son style particulier avaient d'abord capté toute son attention, il ne s'en était pas immédiatement aperçu, mais elle lui Elle était quelque chose comme tout le contraire de Julie, mais ce contraste révélait tout de suite une vie intérieure au moins aussi riche et pleine d'indépendance, qu'il aurait aussi aimé avoir pour mission de protéger.

Il décida donc d'aborder les trois femmes. D'autant plus que s'ils se connaissaient effectivement déjà, lui et la punk, que si sa vie personnelle croisait sa vie professionnelle, il faudrait bien faire quelque chose. Même s'il ne voyait pas encore très bien quoi.

Qu'à peine trois jours après Julie, et encore sous le coup de leur séparation, il envisage déjà de s'intéresser à une nouvelle femme était tout aussi caractéristique de sa pathologie que son incapacité à en souffrir, il le savait.

Mais pour l'instant, c'était comme ça. Il n'arrivait jamais à mimer le deuil beaucoup plus longtemps. Et puis cette impression de déjà-vu était tellement forte… Elle l'intriguait. Statistiquement, feindre de s'être déjà rencontré était la technique d'approche largement la plus utilisée : une fois sur cinq environ, d'après une thèse en sociologie qu'il avait beaucoup fouillée.

Une des moins efficaces aussi, à cause du cliché justement. Mais si la technique était si galvaudée, ce n'était qu'à cause de sa pertinence. Elle n'avait l'air que d'être une excuse pratique à la prise de contact, vu de loin : en feignant qu'on n'était pas inconnu l'un à l'autre, de créer une intimité astucieuse au premier mot.

Mais elle n'était pas uniquement pratique. Elle renvoyait aussi aux racines les plus Elle renvoyait à l'idée de destin, aux rêves prémonitoires, à la résonance magique des affinités de Goethe, au mythe des êtres coupés en deux du Banquet de Platon. Or Tourterelle ressentait vraiment le déjà-vu, dans la situation présente. Et puis c'était les yeux de la punk, tenue de sport pour maigrir kilos que tout, qui lui donnaient cette impression, et les yeux avaient sans traits du visage bébé toujours été l'organe de l'amour le plus élevé.

Si ces yeux à flèches existaient, pour lui, c'était ceux-là. Leur bleu qui tirait vers le gris, avec quelque chose de sauvage, d'inhabituellement vivant en eux, le troublait plus que tout. Une métaphore lui vint à l'esprit : des yeux de louve. Moi aussi, j'ai l'impression. Mais je sais pas d'où… - Mais… Tu ne travailles pas ici? Ça les fit rire d'une manière absolument charmante.

Les circonstances non plus n'étaient pas vraiment propice à l'inamoramento. Mais l'amour, il l'avait assez étudié pour le savoir, C'était toute l'histoire du sentiment, des vieux mythes au cinéma, de la fureur de Phèdre qui s'allume alors que Thésée a déjà pris le chemin du retour, à l'enterrement où Harold rencontra Maud ; tout le problème de Tristan et Yseult, d'où était sortie la fameuse hésitation des auteurs à y ajouter un philtre qui rende leur histoire vraisemblable.

Il parla à la punk de ses yeux de Louve. Les deux autres sourirent de l'image, qu'elles trouvaient sans doute d'une poésie un peu mielleuse pour être honnête, d'autant plus qu'elle suivait déjà le cliché du déjà-vu, mais pas elle. Elle lui expliqua que c'étaient des taches brunes qu'elle avait héritées de son père qui donnaient, de loin, cette impression de gris. Il exprima son étonnement que le brun, ajouté au bleu, puisse donner du gris, et elle lui permit de l'observer de près.

En reprenant de la distance, il dit : - C'est dommage qu'on n'ait pas le temps de mieux se connaître. Il y a une sorte de fragilité, de délicatesse que j'aime beaucoup, là… - De quoi? Les deux autres détournèrent alors la tête, comme si elle devait se fâcher. Et en effet, une fois sortie de l'étonnement, elle dit très sérieusement, quoique sans le regarder : - Vas-y, casse-toi.

Il ne comprit pas bien pourquoi. C'était une sorte de vive instabilité, plutôt. Et puis soudain, ça le heurta : ces yeux étaient vairs, surtout.

Comme les yeux de Déduit et de tous ses amis, dans le Roman de la Rose, comme tous les beaux yeux de l'époque de l'amour courtois. Il allait le lui dire, quand il aperçut Michel. Au quatrième étage, sur la coursive, trottinant à l'aise vers la salle de rédaction. Quel con! Il sortit son portable de sa poche arrière, faillit le faire tomber dans la panique, appela. Il raccrocha.

Vous êtes bien renseignés… - Bon. Finalement, on va attendre ce moment-là, alors. Il ne savait plus combien il avait pu boire de Ricards, depuis le premier à dix heures, au Cheval, mais clairement assez pour un bonheur complet. Le soleil lui caressait le dos et l'ombre lui rafraîchissait le ventre, une taupinière s'effondrait en grumeaux satisfaisants devant lui, Fred était à ses côtés, regardant dans la même direction, comme dans le proverbe d'Aragon, et au loin, sur les pelouses, Julie excitait une nouvelle fois tout juste ce qu'il fallait de sa jalousie, parce qu'elle était entourée d'un groupe exclusivement masculin d'anciens copains de fac de Léo, qui courtisaient sa perfection canonique sans savoir encore que ce corps lumineux appartenait déjà à quelqu'un, et à lui tout précisément.

La science prétend que c'est l'alcool seul qui donne l'ivresse, L'amour, la danse, le meurtre et Dieu aussi rendent ivre ; et même parmi les alcools, l'ivresse du vin n'est pas celle de la bière, ou du calva, ni celle, surtout, du pastis.

Merveille du pastis. Miracle des deux transparences qui se troublent, et de l'apparition spectrale de la laitance bénéfique, féconde, nourricière. Miracle aussi de son éternelle fraîcheur, contradictoire de sa couleur. Parce que dans ce jaune, il y a toute sa familiarité, sa sympathie. Dans le petit jaune que propose le voisin ou le patron après le travail… Dans la bouteille de jaune du camping, ou de pépé, qui le boit pur… Dans le jaune substantivé, commandé par l'inconnu dans un bar d'habitués, et qui fait comprendre alors qu'il est du même monde, abat la méfiance, réveille la fraternité… Dans la dose aussi, pleine de mystère et de sens… Car on peut le dire avec du pastis comme avec des fleurs.

Le patron qui vous aime vraiment appuiera une deuxième fois le verre sous la bouteille suspendue. Valentin se souvenait des déjeuners chez sa tante à Noël, quand il était petit, et de la manière dont son oncle servait son père : en quelques minutes venaient l'ivresse, les yeux brillants, les paroles vives chez les deux hommes sans que les femmes y trouvent rien à redire, puisque le mélange cachait la dose, toujours trop forte par erreur au départ hopala!

Bien plus que le premier verre de vin, ou de cidre, à table, le premier verre de pastis en famille avait marqué son passage à l'âge adulte. Mais l'extraordinaire, par-dessus tout, c'est On n'imagine pas être mélancolique au pastis comme on peut l'être au vin.

Qu'ils crèvent donc de leur propre ennui, ceux qui en font le symbole de la médiocrité, de la connerie, de l'alcoolisme, du Front National et du Tour de France!

Car le pastis, c'est le champagne du peuple, qui a toujours raison. C'était en tout cas plus ou moins ce que Valentin se disait. Fred, lui, parlait de Céline. Valentin ne l'écoutait pas toujours. Personne ne l'écoutait toujours. Mais quand il revint à ce qu'il en disait, il en était à accuser sa constipation probable. Ils venaient de la croiser, et elle en avait profité pour l'engueuler, à propos de ce matin.

Fred se défendait donc avec une mauvaise foi caricaturale, remettant sur le tapis les choux de Bruxelles un peu trop fades du dîner un peu trop diététique qu'elle leur bio minceur st leu esserent servi la veille, et dont il s'était déjà moqué toute la nuit en engouffrant des croque-monsieur au Cheval. Cette mauvaise foi de mauvais goût réclamait qu'on lui réponde, pour être vraiment drôle.

Valentin joua donc le jeu, et défendit Céline : - En même temps, il faut voir à quelle heure on lui a ramené Léo, hier… - Oh, ça va… Bon, on a peut-être un peu abusé, c'est vrai… Il avait accompagné ça d'un fier sourire, qui réclamait encore une réponse. Ouais… Pour être exact, je crois qu'elle nous aurait bien passé la tête à la trancheuse à jambon… - Ah Ah!

C'est au boulot, que tu vas chercher des idées comme ça?

Je le savais! Nouveau jeu entre eux, tout aussi codé, et qui datait de Après l'accident, après l'hôpital. Fred avait commencé par trouver suspectes ses destinations de stage. Valentin lui avait expliqué que demander des pays dont personne ne voulait, comme la Géorgie ou la Corée du Nord, l'avait tout simplement amusé, mais Fred en avait tiré une toute autre conclusion : c'était que Valentin, en réalité, était devenu agent secret.

Il en était convaincu. Il en parlait à tout le monde. À ceux qui connaissaient Valentin et que ça faisait bien rire, parce que son calme, sa gentillesse, sa douceur si caractéristiques détonnaient aussi fort avec cette idée qu'ils s'accordaient depuis toujours à son statut de fonctionnaire administratif, Fred répondait : - Mais c'est ça!

C'est ça justement, le truc! Il est insoupçonnable… Réfléchissant à rebours, il voyait même dans l'accident une feinte. Les quelques mois de Valentin à l'hôpital n'avaient servi qu'à lui implanter dans le cerveau de ces derniers gadgets microtechnologiques qu'on implantait à tous les espions… C'était évident!

C'était même pour ça qu'il était ralenti depuis! Et il y avait un peu plus d'un an, une fusillade dans la banlieue de Cannes avait encore relancé la vanne. À cause d'une affaire de trafic de drogue, une ancienne star du foot avait été abattue au fond de son jardin, après avoir été torturée.

Parmi les portraits-robots des suspects, il y en avait un qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Valentin. Fred l'avait balancé sur Facebook avec le commentaire : - Ah!

Et une cinquantaine de leurs amis avaient liké. Depuis, Fred lui faisait une réputation, non seulement d'espion, mais encore de tueur tortionnaire. Valentin jouait toujours le jeu. Comme tout le monde, autour d'eux. Contrairement à ce qu'avait pensé Léo tout à l'heure, au moment des présentations, Julie était d'ailleurs déjà au courant, et y participait. Parce que c'était en obéissant aux codes de ce genre de jeu qu'on devenait ami avec Fred, qui avait comme ça Il en faisait des personnages comiques, et savait pousser n'importe qui à l'autodérision en lui donnant le plaisir de se sentir drôle.

Art admirable qui fondait leur amitié. Après avoir remonté leurs braguettes dans une synchronie parfaite, ils reprirent leurs verres sur la souche où ils les avaient posés, et se redirigèrent vers les pelouses en longeant l'arrière des cuisines.

Quelque chose de l'ordre de l'ombre d'un rapace, sur une lande où gambade un lapin. Même Fred sembla le remarquer, et s'arrêta. En la retrouvant, Valentin passa le bras autour de la taille de Julie, et vit immédiatement s'éteindre, dans le regard d'au moins trois des cinq garçons qui lui faisaient face, tout l'intérêt qu'ils portaient à la conversation jusque là. Il se pardonna sa satisfaction.

Puis elle revint à Clément : Tu sais, les trucs qui font clic Non, c'est parfaitement sécurisé en fait Quand is avaient serré la main de Clément en se présentant, Valentin avait senti de la mollesse et de la fausseté dans leur poignée de main, comme déjà celle de l'amant et du mari. Et tandis que Clément, tout rouge, expliquait pourquoi on pouvait avoir confiance dans les mousquetons, un sixième intéressé entra dans le cercle et lui demanda, un sourire incrédule aux lèvres : - Tu me présentes?

Puis il se dépêcha d'ajouter : - Valentin, son copain… Et… Fred. Mathias était à la fac avec nous aussi. Et Julie est… esthéticienne, c'est ça? Moi je suis super nulle, avec ces trucs-là… Puis un rire inexplicable, de la brillance d'un stalactite au soleil, jaillit d'elle.

Elle le justifia : - L'autre jour chez un copain, j'ai passé une demi-heure à jouer à GTA avant de me rendre compte que j'étais en mode démonstration, et que je ne conduisais pas la voiture… Tout le groupe sourit pour lui faire plaisir, puisqu'elle se remettait à rire.

Mais, en dehors de Fred et Valoche, on les sentait aussi un peu sceptiques et dérangés par cet aveu. Mathias changea de sujet : - On se connaît déjà, non? L'anniversaire de Céline, il y a un ou deux ans. Tu devais T'étais pas resté longtemps… - Ah, oui… se souvint Fred, en haussant les sourcils.

Tête d'Or… Ah oui! Vu l'amusement, par anticipation, de Mathias, ça avait sûrement déjà été le sujet comique du jour, la précédente fois où ils s'étaient rencontrés. Fred répondit par un grand soupir qui voulait clairement dire que non. Puis il précisa sa pensée : - Enfin, la Comédie Française, parfait, hein… Mousse et pampre, stuc et velours… Y a même un coup à boire, si on cherche bien… Et la meuf aussi, super… Mais je l'aurai méritée, quand même… Parce que Claudel, faut un tout petit peu aimer s'emmerder… En gros, Tête d'Or, c'est une sorte d'aristo qui le vit mal, et qui hurle pendant deux heures quarante-cinq… Et à la fin, il bave.

C'est le clou du spectacle. Alors c'était ça, le numéro. La précédente fois, Fred avait dû en faire des caisses toute la soirée, sur son hésitation, son dilemme entre la torture des trois heures de Claudel et les nichons de la fille.

Le goujat était un de ses personnages les plus récurrents. Aussi efficace que faux. On rit, tout autour, de cet emportement lyrique. Ça pourrait t'intéresser euh… Claudel? Le contraste entre un Claudel de trois heures à la Comédie Française et l'image qu'ils venaient de se faire d'elle étaient fort, et tout le monde, prenant ça surtout pour une allusion à ses seins, eux Y compris ellemême.

Après quoi Fred entraîna Valentin hors du groupe. Ils avaient terminé leurs verres et il avait vu arriver Léo au loin, que Céline leur avait demandé d'aider à transporter la sono, pour se faire pardonner. Ta meuf! J'adore quand elle fait ça… - Quoi? Tu as remarqué, aussi? Quand on prenait Julie pour une conne, elle avait toujours cette réaction un peu étrange de s'enfoncer dans le personnage.

Et avec ses yeux de gazelle et sa bouche à croquer le fruit, elle était comme ça capable d'aller très loin. Jusqu'à en gêner ses interlocuteurs. De parler de conversations qu'elle avait eues avec ses doigts de pieds, si on l'y poussait. Ils finissaient toujours assez vite, grâce à ça, par l'ignorer comme un jouet déjà cassé, gênés pour elle, mais sans elle, qu'elle ait l'air plus stupide qu'eux.

En résumé, de cette manière, elle La manière dont son image pouvait pourrir ses conversations allait jusque là : comme toujours, personne n'avait fait attention à son métier. Qu'elle soit esthéticienne ou diététicienne, pour eux, ça revenait au même. Qu'elle ait pour profession de tripoter des dames avec des onguents inutiles et coûteux ou de rédiger des menus minceur belle-en-maillot pour les mensuels de juin, c'était équivalent.

Mais ils se trompaient. Parce que pour ce en quoi consistait vraiment le métier d'esthéticienne, Valentin ne le savait pas très bien, mais ce qui était sûr, c'était que Julie, diététicienne, et bientôt médecin-diététicienne, quand elle aurait achevé sa thèse, n'avait jamais publié une recette dans un magazine.

Ah, si, peut-être une fois. Et dernièrement encore. À propos d'une étude sur l'utilisation des épices pour compenser la perte d'appétit et le dégoût des produits carnés dans les régimes hépato-vésiculaires faisant suite aux cirrhoses hépatiques. Elle avait pris du grade depuis, d'ailleurs. Ses recherches sur les épices, à cause de leur nouveauté, de l'efficience de leurs résultats, et de la mode des médecines alternatives, intéressaient les universités. Et pas qu'en France.

D'où la conférence qu'elle était restée préparer la veille à Paris, au lieu de l'accompagner tout de suite. Même pour Claudel, l'idée qu'elle aurait pu aller voir la pièce n'était pas si incongrue que Fred, qui s'était moqué d'eux avec elle plutôt que d'elle avec eux en réalité, avait eu l'air de le sousentendre. Et puis il y avait la musique.

Il faudrait qu'il lui en parle, à Fred, de la musique… En résumé, Julie était merveilleuse comme le pastis. Et Valentin l'adorait aussi pour ça. Son exceptionnelle soumission dans leurs pratiques sexuelles, au passage, était d'ailleurs peut-être aussi une manière de faire le tri entre ses amants, et de le mettre à l'épreuve.

De la même manière qu'elle feignait d'être conne pour dépister ceux qui la prenaient vraiment pour telle, elle feignait peut-être le jouet sexuel pour mâle d'époque avec lui pour voir s'il serait capable de se sortir du cliché. Il fut content de ne jamais avoir complètement joué le jeu. En chemin, ils croisèrent Céline qui marchait dans la direction inverse comme on monte à l'assaut, à grandes enjambées, les plis de la robe relevés au poing et le voile brinquebalant.

Les choux de Bruxelles… - Bah… Il faudrait les faire passer avec un petit jaune… C'est tout… - Ah bah oui! Voilà de l'idée! Mais là on va peut-être juste aller en boire un pour elle, quand même… Parce que je la sens pas tellement d'humeur… Valentin jeta un second regard sur la silhouette qui s'éloignait vers les cuisines.

Moi non plus…. À l'heure de la conférence, il ne restait qu'une quinzaine de journalistes en salle de rédaction, dont les trois filles que Tourterelle avait rencontrées une heure plus tôt. Elles furent bien surprises, les trois filles, en les voyant entrer l'arme au poing, de découvrir qu'il avait dit la vérité.

Les autres aussi. Comme ça se passait presque toujours avec les gens très innocents, ils mirent un certain à obéir et aller se ranger contre le mur du fond. Non par véritable mauvaise volonté, mais seulement parce qu'ils avaient du mal à croire que ce qui leur arrivait était réel.

Ceci dit, quand Libellule eut balayé un bureau du bras, fracassé deux ordinateurs et frappé une d'entre eux, ils réalisèrent tout de suite beaucoup mieux.

Pour frapper, il avait choisi la plus faible en apparence, comme les lions font dans un troupeau de gazelles. Métaphore du commandant Müller. C'était tombé sur une maigrichonne frisée à l'air enrhumé d'une quarantaine d'années, qui portait un chech mauve et dont le bureau était parsemé de mouchoirs en papiers. Il lui avait frappé la tête trois fois contre sa table. Une fois pour l'assommer, et deux fois de plus pour le spectacle ; pour impressionner.

C'était bien aussi un truc qu'on leur avait appris en formation, mais qui n'était pas Un seul coup, en fait, aurait amplement suffi à terroriser des gens comme eux. Mais Libellule était comme ça. Sans grand sens de la mesure… Enfin ils furent à partir de là, et pour assez longtemps, tous parfaitement obéissants et silencieux.

De son côté Grenouille était entré dans le bureau, tout au fond de la salle, où ils savaient que selon ses habitudes, ils trouveraient Michel, devenu depuis longtemps un trop grand patron pour avoir encore le temps de participer aux conférences de rédaction de ce journal qu'il avait pourtant fondé.

Grenouille ressortit du bureau avec lui. Il en avait les larmes aux yeux, de sentir le canon du Beretta contre son dos. Il souffrait déjà. Et tout semblait donc toujours devoir se dérouler avec la perfection d'un seul geste, de l'unique trait de pinceau d'un kanji calligraphié. La calligraphie était en effet, de la même manière, alliage paradoxal de la plus grande perfection et de la plus grande imperfection ; de l'extrême pureté d'une volonté, celle du geste, et des accidents imprévisibles de la réalité du papier, de l'encre, du pinceau ; et cette pureté qui se réalisait dans cette impureté était une image assez exacte de la manière dont les choses continuaient à se dérouler pour eux, malgré les deux changements de protocole.

À cause du premier, qui résultait de l'erreur de Tourterelle, il y aurait plus de témoins que prévu pour décrire leurs visages, mais la technique des portraits-robots ne marchait jamais, pour retrouver quelqu'un, si ce quelqu'un n'éveillait pas les soupçons d'une autre manière ; et ça, ils pourraient toujours s'en garantir, comme ils l'avaient déjà fait par le passé, en restant enfermés rue d'Elfort le temps que ces éventuels portraits-robots disparaissent des médias.

Les mémoires de flics vraiment insistantes n'existaient qu'à la télé. Le second, c'était que Grenouille avait finalement décidé d'emmener Michel aux toilettes de l'étage, et pas sur le toit.

C'était là qu'il avait évacué le trac de l'artiste avant d'entrer en scène, par des exercices de respiration et un kata, et le lieu lui avait plus, à cause de son côté extrêmement propre, et du marbre qui le couvrait du sol au plafond.

Tourterelle et Libellule attendirent donc avec le reste des journalistes qu'il ait terminé. C'est là que ça commença à aller moins bien. D'abord, parce que ça dura trop longtemps, et qu'au bout d'un moment Libellule, qui n'avait aucune patience, finit par laisser Tourterelle tout seul pour aller voir Grenouille.

Parce que déjà, il avait pas mal perturbé ses exercices de respiration et son kata en se moquant bruyamment de la distraction de Tourterelle. Mais Libellule ne lui répondit même pas. Le gros savait qu'en public, Tourterelle ne se permettrait pas de les décrédibiliser en le grondant comme à la maison. Il en avait donc profité pour l'ignorer. Le confort de travail de Grenouille n'était pas la seule raison pour ca regime simplifie agricole Tourterelle ne voulait pas que Libellule sorte.

Il y avait aussi que lui-même avait toujours du mal à avoir de l'autorité sur les groupes. C'était pourtant un groupe facile, a priori. C'est-à-dire du type qui resterait prostré et soumis, attendant que ça se passe, jusqu'à la fin, tant que rien ne les pousserait à la panique.

Quoiqu'en cas de panique, il devienne finalement plus fiable. Ceux-là gardaient relativement leur sang-froid et la tête levée quand C'était la Louve. Dire que c'était le regard d'une louve en cage était une métaphore tentante mais pas exacte.

Il n'était pas si directement agressif. Plutôt celui d'une louve romaine. Parce que soudain, ça le frappa : c'était le même regard hautain que celui de Lucrèce, chez Manfrini. Le même mépris chargé de colère froide. Ce n'était pas des choses qu'il était capable de percevoir directement. Pour tout dire, l'expression de la colère lui paraissait toujours surtout ridicule, chez les gens normaux. Mais la ressemblance était frappante, et puis il avait appris à lire les traits du visage dans des manuels de physionomie du XIXe Siècle.

Ça avait été un des premiers exercices de rééducation de Maman. Il devinait donc le mépris dans la posture de son buste et la courbe de sa bouche, et la colère dans la contraction frontale. La colère était rare, chez les otages. Mais il arrivait de temps en temps, chez certains individus, que la privation de liberté très fortement ressentie dans ces circonstances ait cette conséquence extrême.

En dehors d'elle, cependant, ils étaient tous bien brebis. Ce qui n'empêcha pas qu'il se passe moins de deux minutes avant qu'il n'entende ce qu'il n'avait pas envie d'entendre : - Vous… Vous avez l'air plus gentil que les autres. On peut s'asseoir? Et voilà. Non, vous vous trompez… Je ne suis pas gentil non plus… Mais il avait malencontreusement déjà baissé son arme, dans son geste de dénégation, et on lui répondit : - Si, ça se voit… C'est vous qui avez arrêté l'autre… Il en regrettait d'avoir sauvé la maigrichonne au chech mauve.

Et c'était toujours comme ça. La dernière fois, il avait dû tirer dans un genou pour se faire comprendre. Une autre prit la parole : - Monsieur… Monique a été opérée de la hanche le mois dernier et elle supporte mal la station debout.

Est-ce qu'elle, au moins, peut prendre une chaise? La Monique en question, que la femme qui s'était adressée à lui avait déjà saisie par le bras, était une grosse dame qui dégoulinait dans un pull à col roulé. Elle s'efforçait visiblement, en effet, de peser davantage sur sa jambe gauche pour soulager la droite. Le temps que Tourterelle hésite, une fille fluette, à lunettes, s'écroulait le long du mur en sanglotant. Un homme à côté d'elle s'accroupit pour lui caresser la tête.

Asseyez-vous, il concéda à Monique. Ils le prirent pour eux tous, et se laissèrent glisser à terre. Ils en profitèrent même pour se mettre à chuchoter. Mais il ne dit toujours rien. Il commença seulement à avoir hâte que Libellule revienne. On lui proposa bientôt un chewing-gum. Il savait que c'était stupide, qu'il ne devait pas, être trop poli, mais par réflexe, il le fut.

Il s'en voulut trop tard. Et en quelques minutes, les chuchotements devinrent des bavardages à voix haute. Au milieu de tout ça, Monique haletait péniblement et sifflait, comme la baleine aux tuyaux bouchés de la chanson. C'était un spectacle qui, en le dégoûtant, rajoutait beaucoup à son malaise déjà grand et il l'aurait bien achevée d'une balle, si ça n'avait pas aussi été contre leurs ordres et leurs principes.

Mais son esprit vagabond se dirigea soudain vers une question qui lui semblait plus importante, et l'empêcha de réagir. Qu'est-ce qui faisait que la call-girl de Manfrini, jeudi, lui avait presque donné de la pitié, alors que la grosse Monique, qui souffrait pourtant tellement, elle, pas du tout? Tant pis pour les bavardages.

Il le sentait, ça avait encore à voir avec la beauté canonique de l'une et la laideur tout aussi canonique de l'autre. Fallait-il pour autant revenir sur ses idées, et considérer avec Platon et Loris que l'amour était avant tout une aspiration à la beauté canonique? La justice arithmétique qui provoquait l'amour dans le Roman de la Rose était d'une trop grande simplification allégorique, et même chez Platon, la beauté physique n'était qu'une apparence de beauté ; le plus beau des personnages de Platon, celui que les jeunes et élégants kouroï s'arrachaient, c'était en réalité Socrate, à la laideur physique légendaire.

Et que plus il regardait Monique souffler, et moins il pensait qu'elle aurait pu susciter son amour. Il fallait donc aussi reconnaître un lien entre la beauté canonique et la beauté intérieure. Que les conventions n'étaient pas forcément absurdes, et que les canons avaient aussi leurs raisons.

Que s'il y avait, par exemple, des filles grosses et belles, l'obésité, accompagnée du genre de négligence physique qui affectait Monique cheveux gras, mal coupés, mollesse déprimée dans le visage n'était en général pas un signe de santé intérieure, et que c'était pour cette raison que celle de Monique le dégoûtait.

Mais aussi que peut-être, discuter dix minutes avec Monique ou Socrate l'aurait rendu plus amoureux que discuter dix minutes avec la call-girl. Les conventions qui dirigeaient le premier regard ne duraient que jusque là. Si elles duraient plus longtemps, ce n'était que quand elles se trouvaient confirmées par la beauté intérieure. Non pas parce que, finalement, seuls les canons comptaient, À quoi reconnaissait-on ces beaux jeunes gens? J'ai la beauté facile et c'est heureux, disait un autre poète.

Il ne savait plus qui. Ça lui arrivait quand même de temps en temps.